Depuis que j’ai immigré à Montréal en 2017 avec ma famille, nous avons choisi de vivre dans le quartier d'Ahuntsic, plus précisément dans le Sault-au-Récollet, à la fois pour sa proximité avec la nature et pour son caractère historique qui me semblait en quelque sorte familier. 

 Le projet « 𝐁𝐫𝐨𝐝𝐞𝐫 𝐬𝐞𝐬 𝐑𝐚𝐜𝐢𝐧𝐞𝐬 » est né du sentiment d'appartenance qui a découlé de mon immersion dans l'histoire de mon quartier, des points communs que j'y ai trouvés avec l'histoire de ma ville d'origine et du refuge que j'ai trouvé auprès de ses bâtiments patrimoniaux.  Le projet s'enracine aussi dans une exploration récente de la charge symbolique autant qu'historique de la tradition de la broderie dans l'affirmation de l'identité, ainsi que dans la valeur humaine universelle véhiculée selon moi par les photographies historiques, avec leurs histoires éloquentes et silencieuses à la fois.

Projet crée en collaboration avec PAAL Partageons le Monde et avec la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville, financé dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal conclue entre la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec.

Vu de la Crèche Saint-Paul et de la Maison Saint-Janvier à partir d'un des clochers de l'église de la Visitation. 

Photo : SHAC

En 2017, alors que je cherchais avec ma famille un endroit où vivre en tant que nouveaux arrivants, nous avons choisi Ahuntsic parce que quelque chose nous semblait familier, comme une essence qui nous attirait.
En attendant mon statut de résident, et dans les limbes de mon récent déracinement, je me souviens avoir beaucoup marché avec ma petite fille près de l’île de la Visitation, surtout derrière l’église de la Visitation, car c’était un endroit où je me sentais accueillie, comme enveloppée dans une étreinte. Je me rappelle aussi d’un chemin devant notre maison que j’aimais particulièrement ; il avait quelque chose de spécial.
Je ne savais pas alors que l’église et le chemin étaient si anciens (j’ai découvert plus tard que le chemin avait été utilisé par les Premières Nations), ni que les traces les plus anciennes des premiers habitants de l’île se trouvaient là. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de mon quartier, les visites historiques ont été un soulagement et, en même temps, j’ai senti que mon lien avec ce lieu se renforçait.
Quand l’envie de broder des photos m’est venue pour la première fois, c’était symboliquement pour capturer d’une autre manière les premières racines de mon processus migratoire. Ainsi, lorsque la proposition d’un projet lié au patrimoine de Montréal est apparue, l’image qui m’est venue à l’esprit a été celle de ce premier enracinement, du côté de l’église de la Visitation. J’ai choisi cette image pour la promotion des ateliers, et certaines participantes ont mentionné que c’était cette image qui avait attiré leur attention.
Plus tard, en poursuivant mes recherches iconographiques dans les archives du quartier pour sélectionner les photos que je fournirais aux participants à broder, j’ai découvert qu’à l’endroit exact de la photo choisie pour la promotion se trouvait autrefois un bâtiment qui servait de crèche, La Maison Janvier, une maison qui accueillait des bébés illégitimes ou orphelins. Ce bâtiment a été démoli par la suite, ne laissant aucune trace ou enregistrement de son existence in situ. J’ai été profondément frappée par la manière dont la mémoire des lieux nous parle et s’entrelace, d’une certaine façon, avec nos propres expériences. Moi aussi, j’ai été en quelque sorte bercée, même à travers le temps.
Je suis encore émue par les points qui me relient à l’histoire de ce lieu, par la façon dont ils m’ont accompagnée et soutenue tout au long de mon processus d’enracinement, en me tissant à son histoire, et par la manière dont celle-ci s’est manifestée à travers la broderie dans les mémoires.
C’est peut-être ce sentiment de révélation et de connexion que j’ai tenté de transmettre aux participantes de ce projet.
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